Les marchés financiers

Publié le samedi  11 février 2012

par  Gérard Gourguechon
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Chaque jour, les journaux nous informent sur les humeurs des « marchés financiers ». Qu’un gouvernement décide de repousser l’âge de départ en retraite, et immédiatement il nous est dit que ceci est de nature à « rassurer les marchés financiers ». Qu’un autre gouvernement soit en phase de débats budgétaires avec son Parlement, et il nous est dit que les marchés financiers attendent une politique dynamique d’aide aux investissements et de réduction forte de la taxation des profits, justement pour favoriser ces investissements. Les marchés financiers seraient donc des être vivants très sensibles aux fluctuations économiques, politiques et sociales, mais dont les sentiments ne peuvent être interprétés que par des experts soigneusement choisis, des savants qui savent lire les colères des Dieux dans les nuages du ciel économique.

Les marchés financiers, des marchés comme les autres.

  • Les marchés financiers sont, au départ, des marchés comme les autres : d’un côté, des entreprises, des collectivités, des particuliers, qui sont à la recherche de capitaux, de l’autre côté, des détenteurs de fonds, des épargnants, des capitalistes, qui sont à la recherche de placements pour rentabiliser leurs fonds. Les marchés financiers sont donc ces lieux (réels ou immatériels) où se rencontrent des offres et des demandes d’argent. Le plus souvent, ils nous sont présentés par des images de grands buildings abritant les Bourses (Wall Street, Hong Kong, etc) et des réseaux informatiques d’ordinateurs et d’opérateurs affairés. Les marchés financiers ont pour fonction de faire se rencontrer des demandeurs de fonds et des détenteurs de fonds. Des marchés financiers « efficaces » permettraient d’ajuster et de coordonner ces deux situations. Ils doivent donc essayer de concilier des motivations opposées. Les prêteurs éventuels veulent le rendement maximum, veulent minimiser les risques, conserver une réelle liquidité, en privilégiant par exemple des placements à court terme. Pendant le même temps, les emprunteurs potentiels veulent minimiser les charges de remboursement. Ce sont des institutions et les mécanismes de marché qui devraient essayer d’assurer la conciliation de ces antagonismes.
  • Cet « argent » peut se présenter sous de multiples supports. Ainsi, quand une entreprise est à la recherche de fonds, elle peut décider d’accroître son capital, et de mettre des actions nouvelles sur le marché ; elle peut aussi privilégier le recours à la dette, en empruntant sur le marché monétaire pour ses dettes à court terme, ou en proposant des obligations pour ses dettes à moyen ou long terme. De même que les marchés de l’alimentaire regroupent de nombreux marchés particuliers, les marchés financiers regroupent de multiples produits : les actions, les obligations (dont les obligations d’Etat), les marchés monétaires, les marchés des changes et des devises (entre l’euro, le yen, le dollar, le rouble, etc), les marchés secondaires (sur lesquels sont négociés les titres – actions et obligations – déjà émis une première fois et revendus dans ces marchés « de l’occasion »). Depuis les années 1970 sont aussi présentés sur les marchés financiers d’autres produits plus complexes et sophistiqués, dits « produits dérivés ». Ces montages financiers permettent de couvrir ou de transférer les principaux risques financiers (risque de change, risque de taux d’intérêt, risque de marché, risque de crédit), et aussi de spéculer sur l’évolution future d’un marché, à la hausse comme à la baisse. Ces produits dérivés (dont la valeur est « dérivée » de la valeur d’un autre produit – actions, obligations, devises, matières premières, etc) sont apparus sur les marchés de gré à gré, où les transactions se concluent directement entre le vendeur et l’acheteur.

Les marchés financiers, des marchés qui dominent les autres.

  • La déréglementation de la finance, entamée dans les années 1970 avec Reagan et Thatcher, a progressivement donné la possibilité aux capitaux de se déplacer sur l’ensemble de la planète sans contrôles et sans freins. Les évolutions technologiques ont accru l’avantage ainsi donné au capital par rapport au travail. L’approfondissement de la mise en application de l’idéologie libérale a notamment conduit à mettre en place partout des réglementations jugulant l’inflation, privilégiant la stabilité monétaire, et favorisant la rente et les rentiers. L’augmentation très forte des inégalités liée à l’application tout aussi forte de l’idéologie libérale participe au renforcement du déséquilibre entre les demandeurs de fonds et les détenteurs de fonds : les riches toujours plus riches disposent de toujours plus de capitaux, pendant que les pauvres toujours plus pauvres sont à la quête de fonds pour financer des dépenses de plus en plus vitales. La conséquence logique de tout ceci est que, sur les « marchés financiers », là où se retrouvent ceux qui sont à la recherche de capitaux et ceux qui disposent de capitaux, ce sont ces derniers qui sont en position de force.
  • Dans un contexte de finance libéralisée et globalisée, les détenteurs de capitaux peuvent plus facilement mettre les demandeurs de capitaux (industriels, entrepreneurs, etc) en concurrence entre eux pour obtenir les rendements financiers les plus élevés. Les entreprises, pour rémunérer les capitaux par des rentabilités « à deux chiffres », vont ensuite faire pression sur le travail et les travailleurs. Les conséquences sont connues : salaires réduits, suppressions d’emplois, cadences insupportables, conditions de travail dégradées, délocalisations accompagnées de vagues de licenciements, chômage de masse, précarités, etc). Les détenteurs de capitaux vont aussi mettre en concurrence entre eux les territoires qui, pour chercher à être « plus attractifs » que les autres, vont toujours réduire les impositions, les cotisations, les réglementations qui « pèsent » sur les capitaux et les capitalistes. Les conséquences sont également connues : fiscalités de plus en plus inégalitaires, réduction des rentrées fiscales, déficits publics accrus, dégradation des services publics, recul des solidarités, accentuation des inégalités, etc.
  • Quand nous dénonçons la « financiarisation » de la société et la financiarisation du monde, c’est bien ceci qui est visé : la finance domine le monde, car une multitude de textes et de dispositions ont été pris pour lui laisser « les mains libres », tout en réduisant, parallèlement, les pouvoirs démocratiques. Et concrètement ceci se traduit par le fait que les marchés financiers dominent les autres marchés, le marché de l’emploi, le marché des matières premières (agricoles, minerais, énergie fossile, etc), le marché de l’immobilier, etc.
  • L’organisation de la zone euro est assez exemplaire pour montrer comment la suprématie de la finance sur les pouvoirs démocratiques a été organisée. Les Etats membres sont obligés d’emprunter auprès des marchés financiers, c’est—‐a—‐dire des banques privées (elles le sont toutes maintenant) notamment. La Banque Centrale Européenne a été créée « indépendante » des gouvernements, pour la rendre, de fait, dépendante et au service des marchés financiers. Les Etats sont donc obligés d’emprunter auprès des marchés financiers, ce qui donne des pouvoirs à ces marchés sur les Etats. Les idéologues libéraux, les partis politiques serviles et les experts dociles ont participé à la prise d’otage des Etats par les marchés financiers.

Les marchés financiers ne servent qu’accessoirement l’économie, mais servent principalement les gros détenteurs de fonds (institutions et particuliers).

  • La fonction normale des marchés financiers est de financer l’économie « réelle ». Nous savons ce qu’il en est « réellement » aujourd’hui : les PME et les très petites entreprises qui n’arrivent pas à obtenir de prêts, les banques privées de la zone euro qui replacent immédiatement à la BCE les fonds que celle ci vient de leur verser, comme elles viennent de le faire en fin d’année 2011. Ainsi, des fonds qui étaient destinés à relancer l’activité économique ont été stérilisés en étant remis dans les comptes de la BCE. Aujourd’hui, seulement 0,5% des transactions financières correspondent à des échanges concrets, légaux ou illégaux (achat d’une botte de radis sur un marché de Provence, vente de frégates à Taïwan, achat d’un terrain à bâtir aux Seychelles, etc). 99,5% des transactions financières concernent des achats/reventes de produits financiers entre eux (devises, actions, obligations, produits dérivés, etc). Dans le même sens, la BCE et les banques dirigent l’essentiel de la création monétaire, non pas vers l’économie réelle, mais vers les activités financières, le plus souvent spéculatives. Cette recherche unique de profits par l’achat/revente accéléré de produits financiers peut notamment se mesurer au poids pris par les opérations maintenant effectuées automatiquement, à la nanoseconde : sur certaines places financières, désormais près de 40% des transactions sont effectuées selon cette méthode !
  • Les « experts » patentés, qui mentent mais sont très grassement rémunérés pour ce faire, veulent nous faire croire que derrière les « marchés financiers » il y a « vous et moi », l’épargnant du Livret A, la veuve de l’île de Ré, le cultivateur en retraite qui a placé le produit de la vente de ses terres au Crédit agricole, le retraité qui a souscrit une retraite complémentaire par capitalisation, etc. En réalité, derrière les marchés financiers, il y a essentiellement les principaux détenteurs de fonds, les hedge funds, leurs plus gros déposants et leurs gérants, les oligarques russes, la nomenklatura européenne, les dictateurs qui perdurent sur les deux hémisphères, les principaux actionnaires des principales multinationales qui optimisent leur fiscalité en recourant aux législations mises à leur disposition, tous les riches particuliers, des pays pauvres et des pays riches, toute cette internationale de l’argent qui sait manifestement bien défendre et accroître ses intérêts.

Se libérer des marchés financiers.

Ce que des législations ont détricoté depuis trente ans pour faciliter la prééminence de la finance et des financiers, des législations contraires peuvent tout aussi bien le retricoter. Il faudra remettre en cause pas mal de choses : le principe de liberté totale de circulation des capitaux, sans contrôles et sans contraintes ni réglementations devra être abandonné ; une taxation des capitaux, des patrimoines et des profits devra être effective, au plan national, européen et international ; cette fiscalité renforcée à l’égard des plus hauts revenus et patrimoines permettra de réduire en grande partie les « trappes à bulles financières » que sont les accumulations financières dans les mains d’une minorité ; il faudra interdire la vente à découvert et mettre à l’index les produits dérivés ; il faudra encadrer les agences de notation ; l’activité des banques devra, de nouveau, être séparée entre banques de dépôts et banques d’investissements ; un réseau de banques publiques devra être mis en place pour que les capitaux dont ont besoin les investissements publics, les collectivités territoriales, les PME, etc, soient disponibles. C’est par ce genre de mesures qu’il devient possible de remettre les marchés à leur place : à côté de la Place de la Mairie, de la Place de l’Eglise, de la Place de l’Ecole, de la Place de l’Opéra, de la Place de la Gare, d’une Statue de la Nation et d’une Statue de la République, il peut y avoir une Place du Marché (aux Poissons, au Beurre, aux Bestiaux, aux Herbes, etc). Chacun a sa Place, et chacun à sa place. Car la main invisible du marché ne parvient pas à une affectation optimum des moyens financiers, sauf à considérer que leur concentration dans les mains d’une minorité est l’optimum. Alors les marchés financiers serviront effectivement à faciliter l’accès au crédit pour répondre aux besoins de l’économie et aux demandes des populations.

Gérard Gourguechon 8 février 2012

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