Sur la crise au sein d’Attac

Attac France 2006 : CNCL des 30.09 et 1.10 : Sortie de crise ?
Publié le jeudi  28 septembre 2006

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par Hervé Le Crosnier (qui a été à l’origine de la création du groupe local de Caen, et son président durant les deux premières années.)

Bonjour,

Demain Jeudi 28 septembre, à 20h30, aura lieu une réunion sur la « crise interne » de ATTAC à Caen, au 38 quai Hamelin.

L’annonce est ci-dessous.

Je ne pourrais pas être présent, aussi je vous livre ici par écrit ce qui aurait certainement constitué une intervention.

Je n’ai rien dit sur cette crise au sein de ATTAC, bien qu’ayant été à l’origine de la création du groupe local de Caen, et son président durant les deux premières années.

D’abord parce que cela m’était douloureux. J’ai cru en cette association, en son originalité, dans sa capacité à regrouper de nouveaux militant(e)s, pas encore usé(e)s par les pratiques des années 70 et qui redécouvraient la citoyenneté.

Ensuite, parce que je crois qu’un ancien responsable d’association ne doit pas intervenir dans la vie de celle-ci. Il a fait son temps, et je l’espère fait son job. Puis le relai est passé. Aux suivants de tenir le cap. Je n’aime pas l’installation dans le pouvoir, même si ce « pouvoir » est dérisoire. Tout est transitoire, les formes et les conditions des luttes changent tout le temps. Les personnes qui mènent ces combats aussi.

Mais suite à plusieurs discussions avec des membres d’ATTAC, suite à la lecture des textes depuis un an, j’ai envie de dire quelques mots simples. Certainement pour soigner la douleur, mais aussi pour maintenir l’idée qui a été celle de cette association à sa création.

D’abord sur le mode de fonctionnement de ATTAC dans ses relations avec les autres organisations.

A Caen, nous avons toujours conçu ATTAC comme un creuset de réflexion commun aux organisations par delà leurs divergences traditionnelles. En 1998, les questions de la « mondialisation » n’étaient pas bien connues dans les structures militantes. Chacun avait besoin d’échanger. Et ATTAC voulait se résumer à cette plate-forme d’échange pour l’unité des mouvements sociaux.

Par exemple, pour préparer la manifestation contre Seattle, nous avons développé une stratégie simple : ATTAC, plus au fait des enjeux de cette conférence (grâce à un meeting exceptionnel de Susan George) a préparé l’argumentaire, le tract,.. et l’a envoyé à toutes les organisations avec ce simple conseil : vous pouvez vous servir de ce tract, mettre votre propre sigle, utiliser les extraits, faire ce que vous voulez pour vous appuyer sur le travail de réflexion et de proposition d’ATTAC. Toutes les organsiations ont diffusé l’information, et nous étions plusieurs centaines un samedi après-midi dans les rues de Caen pour montrer l’opposition mondiale à l’OMC. Ce fut la victoire de tous.

Et cela définissait aussi le rapport du groupe local avec l’éducation populaire. Nous avons utilisé le terme d’association d’éducation populaire avant même qu’il ne devienne employé par le national. Et lors de notre discussions sur les statuts, nous avons changé deux petites choses aux statuts nationaux pour respecter les règles des « associations d’éducation populaire », comme par exemple la possibilité pour les mineurs de diriger l’association.

Dans cette optique, quand nous avons organisé des formations, elles étaient largement ouvertes, visaient à rester en dehors des « sujets qui fâchent » entre les organisations, pour nous concentrer sur ce qui pouvait être commun. Et inciter à découvrir les formes naissantes de la domination capitaliste sur le monde. A prendre la mesure du néo-libéralisme et ses conséquences sur la vie et le travail. Ici et là-bas.

Enfin, concernant la relation avec le « national », nous avons pleinement considéré qu’ATTAC ne devait pas devenir le champ clos des affrontements de groupes politiques ou d’orientations syndicales. C’est la raison pour laquelle nous avons adhéré à l’idée (à l’époque originale) d’une organisation qui avait un Conseil de direction composé d’un noyau stable, unitaire, d’organisations et une représentation minoritaire des groupes locaux et des adhérents directs. Ceci afin d’éviter que dans nos groupes locaux nous assistions aux « bourrages de salles » et autres joyeusetés de la vieille politique.

Or ce sont ces trois principes qui me semblent aujourd’hui remis en cause. Et c’est pourquoi j’interviens.

D’abord sur la relation entre une plate-forme unitaire de réflexion, de formation citoyenne et les autres organisations militantes. Ne faisons pas d’ATTAC une « autre organisation », à côté de celles qui existent déjà et qui structurent le champ politique et syndical. Mais un lieu de synergie. Les questions internationales sont rarement développées dans les groupes militants. C’est normal : pour gagner des adhérents, il faut avoir des actions et des revendications proches de la vie quotidienne. Alors, il y a besoin que des citoyens plus avertis, plus intéressés, suivent les débats internationaux, décryptent les textes et les projets des organismes de gouvernance mondiale.

C’est ce que nous avons fait avec l’AGCS. Et le résultat a été splendide : lors du mouvement de 2003, tous les manifestants faisaient le lien entre la question des retraites et le néo-libéralisme. Preuve que le travail de formation est différent du travail de mobilisation, qu’il a sa place et son utilité… et qu’il trouve sa pleine expression dans la respect de l’unité, ce qui est plus difficile quand on est « une organisation de plus ».

De ce point de vue, la structure bicéphale entre un noyau stable unitaire de représentants d’organisation et de journaux et une représentation des adhérents directs est intéressante et novatrice. C’est ce que nous avons dit et clamé lors de la création d’ATTAC. Pour moi, ça reste toujours vrai.

Un dernier mot sur la question de la fraude électorale dans les élections d’ATTAC.

D’abord, soyons clairs, le rapport de René Passet le dit clairement : c’est bien une fraude. Pas une « anomalie », pas un hasard, mais un élément organisé. Par qui ? Pour quoi ? Je ne veux pas me lancer dans des suppositions. C’est déjà assez triste comme ça.

Mais face à cette tristesse, il y a une grande joie : « l’association a su réagir ». La fraude, qui existe malheureusement aussi dans d’autres organisations, a été dénoncée, étudiée (ce caractère « scientifique » qui fait l’originalité d’ATTAC) et acceptée (dissolution du CA, nouvelles élections). Pour le concret, des enquêtes sont en cours. On finira peut-être par savoir s’il s’agit d’un choix organisé ou de la réaction désespérée d’un individu.

C’est cette capacité des nouveaux militant(e)s de prendre au pied de la lettre leur engagement et leur volonté de « faire autrement » de l’action militante pour que le monde nouveau que nous souhaitons soit d’ores et déjà présent dans nos associations et nos réseaux dès aujourd’hui qui est à l’oeuvre.

Alors que nous dénonçons les pratiques anti-démocratiques des gouvernants, les méthodes de lobbying des transationales et la corruption qui va avec, c’est très sain et très positif qu’ATTAC réagisse au mal qui s’incruste en son sein.

J’espère que cette dynamique de clarification ira jusqu’au bout, qu’une équipe fidèle aux orientations de base et aux pratiques démocratiques que nous voulons pour toute la société, s’installera à la barre. J’espère que le premier travail de cette équipe sera de panser les plaies, d’intégrer tous les militant(e)s de toutes les tendances et que cela présagera d’un renouveau de ATTAC.

C’est la force d’ATTAC et des nouveaux mouvements sociaux que de savoir se comporter en grains de sable, y compris dans la dénonciation des relations malsaines, des mainmises de pouvoir à l’intérieur même de leurs rangs. Nous ne sommes jamais là pour constituer de « nouveaux pouvoirs », mais bien pour remettre en cause le fonctionnement de la société, son inféodation à des structures économiques et relationnelles archaïques.

Hervé Le Crosnier


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