Attac, de son histoire et de son avenir

par Marc Delepouve
Publié le lundi  2 octobre 2006

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Fin 2002, Attac rassemblait 29 791 adhérents. Déjà plus de 200 comités locaux couvraient tout le territoire national et la charte nationale des relations entre l’association Attac et les comités locaux venait d’être approuvée par l’Assemblée générale. Cette charte tirait notamment les leçons des multiples expériences locales qui avaient vu le jour depuis la création de l’association. Par ailleurs, à l’automne un texte définissant les commissions du CA avait été approuvé par cette instance. Attac était dans une phase active de construction.

Depuis 1999, l’association avait connu une poussée de croissance après chaque grand événement de l’anti-mondialisation : manifestations de novembre 1999 contre la conférence de Seattle où s’écroula le projet de Round du Millénaire ; manifestation contre le sommet européen de Nice ; etc. L’année 2003 était ainsi placée sous les meilleurs auspices : sommet du G8 à Evian en juin ; rassemblement du Larzac en août ; Forum social européen de Paris-Saint Denis en novembre..

Les premières années d’Attac furent riches de débats, notamment au cours des réunions de CA ouvertes à l’ensemble des fondateurs, mais aussi sur la liste électronique CA/fondateurs à laquelle était inscrits l’ensemble des membres du CA et du collège des fondateurs. De ces débats, parfois houleux, émergeaient des propositions venant à la fois des fondateurs et des élus membres actifs. Là résidait une raison première de la réussite fulgurante d’Attac. Ce fut une expérience extraordinaire où, malgré la dureté de certains échanges, l’intelligence collective était au rendez-vous. Pour ce qui est des fondateurs, ils y remplissaient pleinement la fonction de proposer que leur conféraient les statuts. Le CA - réunissant élus membres actifs et fondateurs - était alors le principal creuset d’Attac. Le Conseil scientifique apportait ses contributions sur les champs thématiques, et les débats les plus complexes pouvaient donner lieu à des travaux et réunions où ils se joignaient au CA et aux fondateurs. La Conférence nationale des comités locaux (CNCL), quant à elle, commençait à intégrer les comités locaux dans le processus de propositions, de débats, et parfois de décisions - bien que la CNCL n’ait aucun pouvoir statutaire de décision. Cette capacité d’Attac de se nourrir de l’ensemble de ses composantes ne relevait pas du miracle, mais d’un souci du CA et de son bureau de préserver et de renforcer la cohésion de l’association et de développer les synergies entre ses différentes composantes. Ce souci fut constant au moins jusqu’à la fin 2002.

Puis, du milieu de l’année 2003 à 2006, le CA n’a pas été en capacité de poursuivre cette expérience, et un autre mode de direction d’Attac a vu le jour. Depuis lors, une crise secoue notre association. Une phase aiguë a débuté au printemps 2004, suite à une initiative de militants actifs et de fondateurs. Elle ne cesse de s’aggraver depuis lors, alimentée tant par des membres fondateurs que par des membres actifs (élus au CA ou/et émetteurs de nombreux messages sur les listes électroniques) avec un passage de relative accalmie durant la campagne contre le TCE.

L’histoire d’Attac est courte, ce qui pourrait nous faire oublier qu’il n’est pas rare qu’une organisation militante connaisse des difficultés le temps d’un mandat de direction. Mais l’histoire d’Attac est déjà très riche d’enseignements, et nous aurions tort de n’en retenir que la période récente.

Renouvelé en décembre prochain, le CA devra tirer les leçons de toute l’histoire d’Attac, en retenir le meilleur pour, s’en inspirant, relancer l’association. Chercher à retrouver un "âge d’or" serait évidemment vain, mais reprendre le travail de construction d’Attac dans un processus continu d’enrichissement, tel doit être le projet qui peut nous réunir, portés par la volonté de se "réapproprier ensemble l’avenir de notre monde" qu’exprime la charte fondatrice d’Attac. Sur cette voie une première réforme de nos statuts, pour la validation de laquelle il faut mobiliser, donnera dans notre conseil d’administration une majorité de places pour les membres actifs ; ce qui répond à la croissance rapide du nombre d’adhérents jusqu’en 2002. Mais cela ne pourra suffire : les comités locaux jouent un rôle central dans notre association, mais n’ont que des liens de dialogue ou de pression avec sa direction. L’ensemble membres actifs, comités locaux, fondateurs doit être davantage soudé, et le CA doit devenir le lieu de la construction des convergences entre ces trois composantes. Tout comportement de direction et tout projet qui viseraient à désolidariser ces composantes ne peut que mener vers des contradictions indépassables. Ainsi certains, dans une vision pseudo tayloriste de partage des tâches, vont-ils jusqu’à suggérer que le collège des fondateurs soit le lieu de propositions, et que le lieu des décisions soit un CA composé de membres actifs. On voit mal comment les convergences établies entre les fondateurs deviendraient des décisions prises et appropriées par les actifs.

C’est ensemble que, sur la base des nouveaux statuts, les 42 membres du CA nouvellement élu, actifs et fondateurs, doivent proposer, débattre, décider. Ensemble et en relation avec les comités locaux et le Conseil scientifique, pour les questions qui le concernent. Enfin, pour les grandes questions d’orientation, d’identité et d’organisation d’Attac, le dernier mot doit revenir à l’ensemble des adhérents s’exprimant par un vote. Pour exemple si le collège des fondateurs devrait un jour ne plus participer aux décisions du CA, ce ne pourrait être qu’à l’issue d’une consultation des adhérents.

Membres actifs, comités locaux, fondateurs, conseil scientifique, Attac campus, notre association n’en est qu’à ses débuts. Eclairés par notre courte histoire, nous savons que c’est en nous soudant davantage et en cultivant notre cohésion que nous relancerons le développement et le rayonnement d’Attac. Adressons-nous à toutes celles et tous ceux qui avaient porté un espoir en Attac, qu’ils soient anciens adhérents ou seulement sympathisants. Appelons-les à rejoindre Attac, sans attendre.

C’est maintenant qu’il faut sauver Attac, et prendre un nouveau départ.

Marc Delepouve


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