« Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! » par Bernard Cassen, suivi de la réponse de Pierre Khalfa

Publié le samedi  25 novembre 2006

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Jacques Nikonoff a publié sur la liste local chez attac.org, réservée aux correspondants électroniques des comités locaux un texte de Bernard Cassen.
Pierre Khalfa lui a répondu le lendemain.
Vous trouverez ci-dessous ces deux textes.

« Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! »

Par Bernard Cassen
23 novembre 2006

Sur des listes électroniques saturées, que dire de neuf au sujet des prochaines élections au CA d’Attac ? Tous les membres « branchés » Internet de l’association que je rencontre sont écoeurés par la violence et la haine (le mot n’est malheureusement pas trop fort) qui se dégagent de certains messages. Pour eux, le « toit » de l’association (cela concerne de 4 à 500 personnes sur 21 000) est devenu celui d’une maison de fous.

Il y avait certes de très fortes tensions dans les structures de direction d’ Attac depuis environ 3 ans. Un formidable potentiel de frustrations et de ranc¦urs s’était accumulé chez les opposants à la « direction » de l’époque. Pourtant, ils étaient majoritaires au CA et ils aient transformé le Collège des fondateurs et le CS en machines de guerre contre cette « direction » (souvenons-nous du « Printemps de France » diffusé par l’état-major du CS, le 29 mai à 22 h 05, pour « griller » le communiqué officiel du Bureau).

Peu conséquents, ces opposants, grâce à leur (courte) majorité, avaient empêché que soit tranchée par les adhérents eux-mêmes ce qu’ils affirmaient être la question la plus importante pour Attac : le prétendu « style de direction » de l’association.

Est alors intervenu, en juin dernier, le choc de la fraude électorale. Cette affaire qui, dans une association « normale », aurait été traitée avec la gravité qu’elle méritait, mais de manière rationnelle et cohérente, a fait l’objet d’une médiatisation insensée et d’une instrumentalisation outrancière. Depuis 5 mois, on ne parle plus que de « La Fraude » dans les superstructures d’Attac. Comme si la vie et l’avenir de l’association se résumaient à ce triste épisodeŠ

Le CA, siégeant à 22 puis à 42, a eu beau faire tout ce qu’il devait faire (commande et publication de rapports, mise en place d’une commission d’enquête, convocation de nouvelles élections, dépôt de plainte, etc.), rien n’a freiné le « débondage » à jet continu des tonneaux d’animosité et d’appétits de pouvoir jusqu’alors péniblement contenus.

Nous sommes alors entrés dans une période peu ragoûtante : malgré la saisine de la justice, seule qualifiée pour identifier les coupables de la manipulation électorale, et l’invocation de façade des « valeurs républicaines » et de « l’état de droit » par ceux-là mêmes qui les tournaient en dérision, est venue l’ère des corbeaux. On a vu se développer des campagnes de bouche à oreille pour désigner allusivement ou nominativement, mais sans fournir l’ombre d’une preuve, des fraudeurs ou complices présumés (mais, sauf dans un cas, jamais par écrit pour éviter un procès en diffamation). Des injures personnelles d’une virulence sans précédent, qui déconsidèrent leurs auteurs et non pas leurs cibles, ont proliféré sur les listes électroniques. Un climat absolument délétère s’est instauré.

Mais on n’avait pas encore touché le fond. A des fins électoralistes, un principe de « responsabilité collective » de sinistre mémoire a été mis en avant. Comment ?
Premier temps : on propage sans vergogne la rumeur selon laquelle il existerait des fraudeurs candidats sur une liste, mais toujours sans citer de noms.
Deuxième temps : pour être certain d’empêcher l’élection de ces quelques individus (on ne dit pas combien), il est demandé aux adhérents d’« éradiquer » toute le liste et, pour faire bon poids, de voter « oui » à la liste bloquée des fondateurs.

De tels schémas mentaux, toutes choses égales par ailleurs évidemment, se situent dans la lignée de ceux Simon de Montfort : « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! » et, plus tard, de la loi des Suspects de 1793 qui ouvrit la voie à la Terreur. Il faut que le dérèglement des esprits ait atteint un niveau à ce point critique dans certaines sphères d’Attac pour que ce schéma mental soit même intériorisé par la dernière personne que l’on pourrait soupçonner d’esprit de croisade. Car le procédé utilisé défie la morale la plus élémentaire : ou bien, en prenant ses responsabilités, on désigne celles et ceux que l’on accuse d’être des fraudeurs sur la liste en question ; ou bien on ne dit rien. On ne patauge pas dans le marécage de l’entre-deux.

Il y a indiscutablement d’excellents candidats et candidates sur toutes les listes, et même en dehors d’elles. Mais je tiens à apporter mon soutien particulier à celles et ceux qui se sont réunis et se sont maintenus sur la liste Avenir d’Attac. Avec un sang froid et un courage admirables, ils ont su tenir bon face à des torrents d’injures, de pressions et de calomnies. Cela augure bien de leur comportement au CA s’ils sont élus.

Par leur engagement militant et la cohérence de leur vision d’une Attac réellement indépendante, dans laquelle la souveraineté appartient aux seuls adhérents, ils méritent que ces derniers leur apportent leur suffrage. Ce sera aussi une manière de rappeler aux exigences de la dignité celles et ceux qui s’en sont écartés ces derniers mois.

Bernard Cassen

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La réponse de Pierre Khalfa

Pierre Khalfa
24 novembre 2006

La dernière production de Bernard Cassen "Tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens" est assez étonnante, tant par le ton que par le contenu des propos. Bernard Cassen est un de ceux qui ont le plus contribué à la montée des tensions, non seulement ces dernières semaines, mais depuis plus de trois ans, participant ainsi à l’instauration du climat délétère qu’il feint de dénoncer. Ces dernières semaines, il a multiplié les interventions au canon par mails contre ceux qui ne partageaient pas ses points de vue, alors même que la rédaction du Manifeste, où il se retrouvait avec des gens qui, tous, lui étaient opposés dans les combats internes, se déroulait globalement bien. Depuis plus de trois ans, il a eu un comportement d’autiste refusant, même d’écouter ceux qui au CA et au Bureau, essayaient de l’alerter sur un certain nombre de problèmes et il a multiplié les injures contre ses opposants.

Pire, que ce soit avec la pitoyable affaire des 100 % alter aux élections européennes ou avec la préparation de l’élection du nouveau CA, il n’a eu de cesse que d’essayer de passer en force, refusant tout compromis et toute remise en question du pouvoir que le noyau directionnel avait réussi à acquérir. Le dernier numéro de Politis nous donne d’ailleurs un aperçu nouveau sur le comportement de ce noyau à l’extérieur d’Attac dans sa volonté de contrôle d’un média indépendant.

Venons en maintenant à la fraude puisque c’est l’essentiel de son propos. Bernard Cassen fait semblant d’ignorer que la fraude s’est faite "en faveur de la présidence sortante" (rapport de la commission d’enquête). Il feint d’ignorer que les bénéficiaires de cette fraude, dont il fait partie, ont nié son existence jusqu’au bout, essayant de discréditer les études de statisticiens indépendants qu’ils avaient pourtant choisis et essayant de construire des rideaux de fumée pour éviter que la vérité ne voie le jour. Il "oublie" que Jacques Nikonoff et Michelle Dessenne étaient les seuls dirigeants d’Attac à posséder une clef de la porte blindée du local de l’association, clef qui était nécessaire pour pénétrer dans les locaux afin de procéder à la substitution des bulletins. Il veut nous faire oublier le fait que cette fraude a ciblé des candidats bien précis qui n’auraient pas été élus sans cela et que l’on retrouve aujourd’hui sur la liste "Avenir d’Attac" : Barral, Coignard, Gaziello, Gicquel, Jauffret. Il cherche à cacher le fait que la commission d’enquête n’a vu le jour que trois mois plus tard, alors même qu’elle avait été réclamée dès le 17 juin. Il passe sous silence le fait que même quelques-uns de ses partisans les plus zélés, mais honnêtes, ont été effrayés par le cynisme du comportement de ce noyau directionnel et son absence totale de déontologie.

Nous n’avons certes pas de preuve absolue désignant les coupables et il n’en existera peut-être jamais, car la seule preuve absolue ne pourrait être que la photo des fraudeurs en train d’accomplir leur forfait. Mais, en attendant des témoignages et d’éventuels aveux, nous avons un solide faisceau d’éléments. L’intérêt à agir : Jacques Nikonoff allait perdre les élections et donc la présidence, sa seule obsession. La possibilité d’agir avec les clefs de la porte blindée du local. La mentalité pour agir : Jacques Nikonoff s’est vanté à de multiples reprises devant des témoins divers d’avoir participé à des fraudes électorales lors d’élections politiques. De ce point de vue, il est d’ailleurs dommage que le procès en diffamation, intenté à Thomas Coutrot, n’ait pas encore eu lieu. Alain Lecourieux, qui est d’ailleurs sur des positions proches de celles de Bernard Cassen et Jacques Nikonoff, a fait état d’informations précises sur les conditions de la fraude qui n’ont jamais été démenties.

Bernard Cassen a refusé une enquête interne au nom du refus de la "justice privée", s’en remettant à la justice républicaine. Seul problème, c’est que celle-ci risque de statuer dans quelques années si elle statue… Voilà le calcul des fraudeurs : donner du temps au temps pour espérer passer au travers de la justice et continuer à parader cyniquement en donnant des leçons de morale à tout le monde.

Bernard Cassen conclut son texte par un appel à la dignité en appelant à voter pour la liste "Avenir d’Attac", liste qui a piraté le fichier d’adhérents, qui l’utilise pour des messages calomnieux envers ceux qui s’opposent à ses positions et qui comprend en son sein des bénéficiaires directs de la fraude sans que cela semble le moins du monde gêner les autres candidats. Décidemment, Bernard Cassen est un adepte de la novlangue orwellienne : la guerre, c’est la paix, disait Georges Orwell ; le déshonneur, c’est la dignité, nous dit Bernard Cassen.

Pierre Khalfa

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