Revaloriser les axes de développement local

Par Dominique Plihon, professeur à l’université Paris-XIII, président du conseil scientifique d’ATTAC-France
Publié le mercredi  29 novembre 2006

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Dès qu’on aborde la question de l’alternative, il faut parler au pluriel plutôt qu’au singulier. La vulgate dominante prétend qu’il n’y aurait qu’un seul discours économique possible. Notre conviction à ATTAC est que l’économie n’est pas un domaine réservé, inaccessible aux citoyens. Je développerai dans cette perspective deux axes de réflexion : celui d’abord des préalables théoriques, des cadres d’analyse qui permettent de déconstruire le discours économique dominant, celui ensuite des représentations alternatives du fonction-nement de l’économie.

Du point de vue idéologique, les thèses néolibérales développées au tournant des années 1980-1990, par Hayek notamment, reposent sur la croyance en l’existence d’une science économique universelle, pure, neutre, construite sur le modèle des mathématiques et de la physique. Cette conception évacue la dimension sociale et donc politique de l’économie. Elle repose sur une conception de l’homme et de la société qui valorise l’individualisme méthodologique, celle d’un « homo economicus » optimisateur, niant l’existence de rapports de force et d’interdépendance dans la société, évacuant les conflits, sauf en ce qui concerne la concurrence, elle-même érigée en dogme. Il est donc essentiel de montrer qu’existe une autre représentation de l’homme et de la société, fondée certes sur le respect de l’individu, mais considérant qu’il est un être collectif, appartenant nécessairement à des groupes (classes sociales) et à un espace géographique, un territoire enraciné dans une citoyenneté locale et mondiale.

Second préalable à critiquer : l’idée que la démocratie dans sa forme occidentale serait la seule digne de respect. Il n’y a pas de modèle universel d’organisation sociale : la seule universalité en ce domaine est celle des droits fondamentaux de la Déclaration des droits de l’homme et de la charte des Nations unies. Dans ce cadre, promouvoir des liens de coopération entre les individus plutôt que de concurrence me semble beaucoup plus riche économiquement parlant. Troisième axe de critique : en finir avec l’irresponsabilité politique en vigueur des discours économiques. De ce point de vue, les intellectuels engagés dans la cité ont un rôle irremplaçable à jouer pour démystifier l’économie.

Passons aux politiques alternatives. Il me paraît nécessaire au préalable d’alerter sur le danger de démarches programmatiques « clés en main’’. L’expérience de ces dernières années a montré que la construction de propositions politiques alternatives se réalise avant tout dans les luttes, dans le mouvement social. C’est le niveau de mobilisation et de conviction du mouvement qui crédibilise les solutions. Alors, comment agir ? La réponse doit allier à la fois une critique forte des principaux »piliers" du néolibéralisme de manière à provoquer des ruptures politiques décisives et une démarche propositionnelle.
S’agissant des axes de critique, il nous faut partir de la question de la démocratie et de sa mise sous tutelle. Le néolibéralisme économique est totalitaire sur le plan politique. Il s’appuie sur une certaine servitude suscitée par la démocratie représentative. Rompre avec cette logique passe par le développement d’une forme complémentaire de démocratie, beaucoup plus informée, vivante, responsable. En second lieu, il s’agit de battre en brèche l’idée qu’il y a trop d’État, trop de prélèvements fiscaux, trop de politiques publiques alors que ces politiques ont été mises au seul service de l’ordre marchand. En troisième lieu, il faut combattre le dogme de la mise en concurrence des travailleurs et des systèmes sociaux par le capital financier international. L’idée que chacun gagne aujourd’hui au libre-échange est une contrevérité. À l’inverse de ce qui se produit avec l’OMC, de nouveaux principes d’échanges internationaux fondés sur l’égalité entre les partenaires, préservant le développement économique et social sont indispensables. Enfin, il s’agit de refonder le statut juridique de la propriété dans l’entreprise.

J’évoquerai enfin quelques axes d’intervention qui me semblent prioritaires.

  1. Remettre en cause le modèle productiviste extraverti (politique de croissance appuyée sur les exportations à outrance, la concurrence déloyale et l’ouverture forcée des frontières), en faveur de modèles de développement plus intravertis (politiques de relocalisation), donnant la priorité aux objectifs sociaux et environnementaux de valorisation des productions, des ressources, des consommations locales et de la souveraineté alimentaire.
  2. Réhabiliter les politiques publiques nationales et internationales (rôle du droit et des coopérations internationales, ce qui suppose une réforme radicale des organisations internationales (OMC, FMI, BM, ONU). Réfléchir dans ce cadre à la mise en place d’une monnaie commune mondiale.
  3. Définir une autre conception de l’entreprise par opposition à la « société anonyme de capitaux » transnationaux, dont l’objectif ne poursuit que la rémunération des actionnaires. Cela suppose une réforme juridique du droit des sociétés qui permette, notamment au plan européen, le développement des formes mutualistes de propriété.

Propos recueillis par L. D.


L’Humanité

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