Continuons ensemble !

Publié le jeudi  11 janvier 2007

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Après la direction de la LCR , celle du PC vient de
porter un coup dans doute définitif à notre tentative
de candidature unitaire pour 2007. En refusant
d’envisager toute candidature autre que celle de sa
secrétaire nationale, y compris celle de F. Wurtz,
elle a indiqué clairement sa volonté de mettre notre
rassemblement à la remorque du PC. Alors qu’elle
l’avait tant dénoncé, elle a fait le choix d’une
candidature de témoignage. Même en tenue de
camouflage, Marie-George Buffet ne sera que la
candidate du PC.

Notre offensive contre le libéralisme, pour changer la
donne à gauche est ainsi stoppée. Nous devons tout
faire pour que la colère et le découragement ne
transforment pas ce coup d’arrêt en dispersion et donc
en débâcle. Dans une situation très compliquée, nous
devons prendre garde que les divergences tactiques,
inévitables et légitimes, ne l’emportent sur la
nécessité de rester unis autour de notre projet commun
et de nos acquis, tant que des divergences
stratégiques n’ont pas surgi entre nous.

I. Sur la situation

La dynamique unitaire qui avait commencé à se dessiner
ne se concrétisera pas pour l’échéance 2007. Elle
était fondée sur le besoin ressenti largement de notre
unité et de la diversité de notre rassemblement. Plus
nous aurions approché l’arc de notre campagne du NON,
plus la dynamique aurait été forte. La décision de la
LCR de présenter O. Besancenot n’avait pas suffi à la
briser parce qu’une part importante de cette
organisation participait au processus et qu’une
candidature unitaire aurait pu y minoriser le choix de
la candidature séparée. L’annonce de la candidature
Buffet ajoute un coup décisif. Le besoin demeure, mais
sauf fort improbable changement de cap de ces partis,
l’occasion est manquée pour 2007.

C’est terrible, mais nous ne devons pas le cacher.
Dans le débat sur la présentation d’une candidature,
des camarades disent : mais que faites-vous de
l’urgence sociale ? Que dirons-nous à ceux à qui nous
avons expliqué qu’une autre politique est possible ?
Nous devons dire la vérité douloureuse. Nous ne
pouvons affirmer qu’une candidature supplémentaire,
dans la dispersion, est en mesure de changer
véritablement la donne. Nous devons dire que nous
serons dans toutes les batailles sociales, que nous
pèserons au maximum pour défendre des réponses à la
hauteur des enjeux, mais qu’une autre politique n’est
possible qu’avec une force pour la porter. Or cette
force ne peut se résumer à nous.

L’offensive que nous menions est stoppée. Il nous
reste à défendre les positions acquises et à voir
comment repartir. Pour cela, il importe de ne pas
changer notre projet en cours de route. Nous devons
d’abord réaffirmer notre objectif de rassemblement de
toutes les forces de gauche anti-libérale, pour
changer durablement la donne, postulant à la majorité
à gauche et dans le pays. Nous avons eu beaucoup de
réactions encourageantes de collectifs proclamant leur
volonté de continuer. D’autres sont divisés. Beaucoup
sont silencieux. La première fonction de notre réunion
des 20-21 janvier sera de faire l’état des lieux.

II. Notre accord

Il y a sans doute accord pour tirer cette leçon de
l’échec que nous venons de connaître : il faut
construire l’autonomie des collectifs par rapport aux
directions des partis. Nous étions trop fragmentés
pour construire un rapport de forces suffisant, non
pour peser - nous avons pesé - mais pour pouvoir
emporter la décision. Il nous faut donc construire une
nouvelle force, un nouvel espace (je dirai : un
nouveau regroupement politique). Ce regroupement pose
trois questions : sur quelles bases, quand, sous
quelle forme ?

Sur quelles bases ? Ce ne peut être que celles qui ont
réuni les collectifs : l’objectif de rassemblement de
la gauche anti-libérale (que je préfère appeler la
gauche de transformation sociale), le document
d’orientation stratégique, les 125 propositions. Nous
devons bien distinguer les deux choses : le
regroupement, à construire rapidement, de tous ceux
qui n’abandonnent pas l’objectif et cet objectif de
rassemblement large. Le premier ne doit pas contredire
le second. Notamment nous devons tenter de préserver
la diversité de ceux qui ont mené la bataille unitaire
jusqu’au bout et veulent la poursuivre.

Quand ? Ce ne peut être tout de suite. Tout de suite
nous devons continuer ce qui n’est pas achevé : réunir
les collectifs unitaires et mener une campagne sur ces
bases en 2007. Si nous proclamions les 20-21 janvier
la naissance d’un nouveau regroupement politique, nous
changerions de profil. Nous nous présenterions comme
une force politique rivale des autres. Alors que notre
bataille immédiate doit être de faire distinguer ceux
qui portent la démarche du rassemblement et ceux qui
l’ont brisée.

Sous quelle forme ? On sait qu’elle devra être souple.
C’est insuffisant. La composition, les structures, le
fonctionnement du nouveau regroupement nécessitent une
discussion sérieuse. Nous ne l’avons pas menée et nous
avons autre chose à faire que de répondre
immédiatement aux nombreuses questions qu’elle
soulève.

Si ce regroupement ne peut être proclamé maintenant,
il doit être esquissé dans notre activité d’ici
l’automne : sigle, matériel national pour nos
campagnes, association de financement. Il faut pour
cela éviter le piège du PC. Sa direction nous invite à
ne pas dramatiser la question des présidentielles, à
maintenir le cadre unitaire avec elle et à préparer
une campagne commune pour les législatives. Ceci afin
de minimiser sa responsabilité dans le sabotage
qu’elle vient d’opérer, de mieux entretenir une image
unitaire et, subsidiairement, de nous annexer dans la
réélection de ses députés. Accepter présenterait le
double inconvénient d’entretenir la confusion sur les
responsabilités et d’entretenir notre subordination.

Il importe donc de respecter les différentes étapes.
Ne pas décider aujourd’hui ce qui devra l’être lors de
la rencontre nationale. Ne pas décider à celle-ci ce
qui devra l’être après l’épreuve de la campagne
présidentielle et législative. Aujourd’hui, en
convoquant la réunion des 20-21, nous appliquons le
mandat de Saint-Ouen : réunir les collectifs (et les
minorités de ceux qui décident de ne pas participer)
pour faire le point et savoir comment continuer. Nous
le faisons sur un ordre du jour qui permet de prendre
des décisions immédiates de campagne. Celle-ci nous
permettra aussi de discuter largement la question du
regroupement nouveau mis en perspective à l’automne.

III. Une campagne immédiate

Nous avons donc à mener une campagne sur les bases
déjà définies, mais intégrant les ruptures de la LCR
du PC. Cela veut dire deux choses.

En premier lieu, nous ajouterons la critique des
logiques de division de ces organisations. Nous
continuerons jusqu’au bout à dire qu’elles doivent
renoncer à leurs candidatures séparées au profit d’une
candidature unitaire. Nous ferons ainsi entendre la
voix de la raison sans présenter ce retrait comme
l’objectif central de notre campagne, car nous ne
devons pas entretenir d’illusions à ce sujet. En
second lieu, nous expliquerons la nécessité du
regroupement à venir si la LCR et le PC ne changent
pas de cap ; regroupement que nous commencerons à
esquisser par ce qui a été dit (sigle, etc.) et
l’annonce d’assises à l’automne prochain pour tirer le
bilan.

Pour faire cela, il nous fut immédiatement améliorer
notre coordination. Non par la discussion de statuts
qui nous tournerait vers nous-mêmes avant que nous
ayons trouvé réponse aux difficiles questions que pose
une structuration définitive, mais par la mise en
place d’une structure ad-hoc pour mener la campagne et
préparer les assises. Il faut notamment une
association conséquente des collectifs à la structure
nationale.

Arrive alors la question de la candidature à
l’élection présidentielle. Celle-ci présenterait des
avantages indiscutables, outre la mise en œuvre de
notre capacité de nuisance (ce qui soulage) : objectif
immédiat (les signatures, le score) mieux à même de
nous mobiliser, visibilité, contre efficace à la
récupération du PC, possibilité de faire un score
supérieur à lui et à la LCR ( accélérateur de leurs
interrogations internes), résolution de l’épineuse
question de la consigne de vote du 1er tour. Les
inconvénients l’emportent. Les deux plus importants
touchent à l’ensemble des citoyens et à ce que nous
voulons construire.

On nous reprochera non pas seulement d’ « ajouter de
la division à la division » mais d’être acteurs d’un
possible nouveau 21 avril. Le Pen part à plus de 15%.
On ne peut simplement répondre que Ségolène est à 30.
Nul ne sait ce qu’il en sera au moment du vote. En cas
de candidature unitaire, nous savions devoir faire
face à la pression du vote utile. Mais on ne pouvait
nous reprocher l’irresponsabilité : on ne pouvait nous
reprocher de disputer le leadership de la gauche aux
socio-libéraux. Nous n’avons plus cette posture : PC,
LCR, LO et nous, éventuellement, n’auront que des
candidatures de témoignage. L’autre objection
déterminante concerne notre diversité. Une telle
candidature évince les composantes qui entendent
rester dans leurs partis sans pouvoir assumer le
soutien à une candidature concurrente. C’est contraire
à l’image que nous voulons donner maintenant. Cela
risque d’amputer le regroupement à venir. A moins que
nous ne voulions y rassembler seulement ceux qui
quittent ces partis. Ce serait un autre projet, avec
un autre centre de gravité politique que ce que nous
voulons faire.

Il nous reste alors à mener une campagne nationale
combinée présidentielle-législative, avec l’annonce
rapide d’une présence massive lors de celle-ci : soit
par nos candidats issus des collectifs, soit en
soutien à des candidats de partis qui ont défendu
l’unité. Pour cela il faut que les collectifs engagent
immédiatement les discussions sur les possibilités
locales. Avec aussi, en point de mire, les
municipales. C’est un chemin difficile. Il me semble
toutefois seul permettre de lancer à l’automne le
nouveau regroupement politique évoqué plus haut.

Yves Salesse

mercredi 10 janvier 2007


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