Le Marché de la faim (We feed the World)

Publié le jeudi  29 mars 2007
Mis à jour le dimanche  1er avril 2007
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JPEG - 100.3 ko Attac 93 sud s’associe aux Amis de la Terre-Montreuil pour organiser la projection du film We feed the world (Le Marché de la faim) au Méliès (Montreuil - M° Croix de Chavaux) à 20 h 45, samedi prochain 31 mars.

La projection sera suivie d’un débat avec
Laurent Le Guyader,
membre du Réseau action climat et faucheur volontaire d’OGM.

Plus d’infos sur le film à ces adresses :
http://www.zootropefilms.fr/v2/2007/?numfilm=26
http://www.le-marche-de-la-faim.com/

Un camion roule sur une route déserte en pleine nuit. Arrivé à l’entrepôt, il s’ouvre sur le côté : des pains tombent sur le sol. Des centaines, des milliers de pains s’accumulent sur un tas déjà gigantesque. Ce sont les invendus de la journée. Nous sommes à Vienne : nous apprenons que chaque jour, on y jette assez de pain pour nourrir Graz, la deuxième ville d’Autriche. Le cinéaste autrichien Erwin Wagenhofer se demande les raisons de ce gâchis.

Tout son film met en parallèle les faits apparemment les plus éloignés. Un paysan autrichien raconte que depuis l’entrée de son pays dans l’Union européenne, un quart des fermes ont disparu. Son père faisait vivre sa famille avec douze hectares de terre. Lui-même a besoin de six fois cette surface et ne vit pas mieux. Il produit du blé. Le blé dont on fait les pains qu’on jette ?

Même évolution pour la pêche : à Concarneau, en France, un artisan-pêcheur expose la réglementation européenne qui l’oblige à tenir un carnet de bord détaillé. Tout son savoir sur les lieux et les heures de pêche s’y trouve consigné, prêt à être exploité par les industriels qui bénécieront de ces informations. Au port, on voit des poissons frais, pêchés depuis moins de douze heures, aux branchies rouges et à la chair ferme. Cut. Lorient : deuxième port de pêche français, dédié à l’industrie, où les poissons sont débarqués de navires-usines où ils sont restés vingt ou trente jours. Pêchés à 800 mètres de fond, leur chair est molle, ils n’ont plus d’yeux : les globes ont explosé pendant la remontée du filet.

Almeria, en Espagne, des serres à perte de vue. Un paysage de plastique et de verre. El Ejido, gros village de 1 000 habitants dans les années soixante, 100 000 aujourd’hui. Des travailleurs immigrés qui vivent dans des baraquements misérables pour produire des tomates qu’on consommera dans toute l’Europe. On estime qu’une tomate parcourt en moyenne 3 000 km avant d’être mangée.

Mais la mise à mort des campagnes continue. En Roumanie, la caméra embarque dans la voiture de Karl Otrok, directeur local de la production de Pioneer, premier producteur mondial de semences. On dépasse des carrioles à cheval. Dans les champs, on voit des chevaux de trait, un paysan affûte sa faux, on récolte des aubergines à la main. Ce paysage bucolique est condamné à disparaître à très brève échéance. Cette agriculture-là n’est pas compétitive. On lui substitue des hybrides et des OGM. We feed the world est le slogan de Pioneer.

Nous nourrissons le monde ? Jean Ziegler, rapporteur spécial auprès des Nations-Unies sur le droit à l’alimentation, rappelle que l’agriculture actuelle peut nourrir douze milliards de personnes. Pourquoi meurt-on de faim en Inde ? Au Brésil ? et ailleurs ? La scène la plus violente du film est la dernière : des plantations de soja qui empiètent sur la forêt amazonienne on passe aux poules autrichiennes… qui mangent le soja. Une installation ultra-moderne produit 400 000 poulets par semaine. Chiffres vertigineux et images horribles d’une industrie de la mort de masse, intégralement mécanisée, où les ouvrières ne sont que des mains qui vérifient que la gorge du poulet a été tranchée proprement par le couteau rotatif, qui redressent le petit corps sur sa barquette de polystyrène, qui enserrent les deux pilons dans un élastique : un élastique toutes les deux secondes. Même cet abattoir à haut rendement est menacé : il est en Autriche, où le coût de la main-d’oeuvre est trop élevé. Combien de temps résistera-t-il à a concurrence d’Asie et d’Amérique du Sud ?

Erwin Wagenhofer ne nous ménage pas. Il conclut son film par deux interviews. Jean Ziegler rappelle que le libre-échange est un mensonge dans un univers où règne la loi du plus fort. Un monde où une poignée de multinationales a produit 52 % du produit mondial brut en 2005. Après lui, Peter Brabeck, PDG de Nestlé, 27e entreprise mondiale et premier producteur d’eau minérale répond benoîtement à quelques questions off. Comment assurer le meilleur accès à l’eau pour tout le monde ? En en faisant une marchandise, dotée d’une valeur qui permet de mettre en place des solutions industrielles. Que penser des OGM ? Depuis quinze ans qu’on en mange aux Etats-Unis, on n’a décelé aucun problème de santé. La planète va mal ? Au contraire, on n’a jamais eu une vie aussi facile, autant d’argent, une meilleure santé !

Le monde où Peter Brabeck vit est-il le même que celui qu’on a vu dans le film ? On peut en douter, comme on peut douter que cette contradiction puisse durer longtemps.

Jean-Paul Engélibert


le site du film

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