La propagande libérale à l’école

Publié le mercredi  11 avril 2007

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L’École républicaine du début du 20e siècle formait les esprits au nationalisme exacerbé afin de
faire de sa jeunesse de la chair à canon docile. L’Ecole du 21e siècle devra les former à être de
dociles agents de la mondialisation condamnés à la précarité à perpétuité. La « culture d’entreprise » devra s’imposer partout, en commençant par l’école, comme le préconise le Medef. Tel est le but
avoué du rapprochement entre le ministère de l’Education nationale et le Medef à travers les
rencontres « Ecole-Entreprise ». Lénifiants, le discours et les justifications sont toujours les
mêmes : les jeunes connaissent mal le monde de l’entreprise et sont mal orientés. C’est en grande
partie à cause de notre système éducatif, inadapté à la mondialisation, et aux réticences de ses
acteurs, les profs. Ceux-ci sont toujours prompts à voir le mal là où les intentions ne sont qu’angéliques.
Les conseillers d’orientation-psychologues (COP), quant à eux, sont inutiles, mal formés, et remplaçables
par les profs.

L’institutionnalisation de ces rencontres « Ecole-Entreprise » a commencé en 2000. Le credo est le
suivant : « diffuser l’esprit d’entreprendre ». Annoncé à Lyon le 1er décembre 2003 par Xavier
Darcos, alors ministre délégué à l’Enseignement secondaire, l’accord de partenariat entre le MEDEF
et l’Education nationale devient officiel le 19 juillet 2004. Ernest-Antoine SEILLIERE et François
FILLON ont en effet signé un texte institutionnalisant la Semaine Ecole Entreprise. Cette initiative
conjointe a été pérennisée par un accord-cadre signé en 2004. Il institue un comité national de
pilotage qui réunit le MEDEF, l’Education nationale, le Centre des Jeunes Dirigeants d’entreprise
(CJD) et l’Association Jeunesse et Entreprises (AJE). L’objectif de ces rencontres est clair :
dresser les esprits à l’acceptation passive de la mondialisation libérale et de ses effets (1). Voici
comment peuvent se formuler les conséquences de ce processus :

- Aligner les contenus d’enseignement et de formations professionnelles sur les besoins des
entreprises locales (2) ;

- Imposer la culture d’entreprise et cacher les multiples aliénations du travail derrière une
philosophie de bazar qui affirme que « l’entreprise c’est la vie » et que la concurrence libre et
non-faussée (la dérégulation du travail, la précarité et les soldes des services publics) ne peut se
faire qu’à l’avantage de tous ;

- Ce qui passe par une campagne de propagande sur les bienfaits de ce système et des ces initiatives
auprès des professeurs, qui, fait alarmant, s’en laissent de plus en plus compter (3) ;

- Préparer les futurs travailleurs à la flexibilité (4) et à la soumission en limitant le rôle de
formation culturelle de l’Ecole (socle commun, stages en entreprise, dispositifs d’alternance au collège et mise en place progressive de l’option découverte professionnelle de 3 heures et découverte professionnelle de 6 heures en 3e au détriment des autres enseignements).

Pour l’Education nationale, l’objectif est d’abord de dégraisser en virant les COP et en transférant leurs missions aux
professeurs sans rémunération supplémentaire (les mesures citées au point précédant « vont permettre
de relancer l’éducation à l’orientation, et vont nécessiter de nouvelles compétences de la part des
enseignants », lit-on sur le site du Medef Nord/Pas-de-Calais).

Mais il est surtout de favoriser le sponsoring privé des établissements pour désengager l’Etat et diminuer les dépenses
publiques (l’ouverture des capitaux des écoles publiques aux firmes privées
est déjà légale au Royaume-Uni).

Pour les entreprises, la possibilité de s’offrir des campagnes de publicité à peu de frais dans
les établissements scolaires et ainsi de développer toujours davantage l’esprit consumériste chez
les élèves relève moins de l’opportunisme que de l’avantage stratégique.

C’est pourquoi il faut mesurer l’importance des investissements du Medef dans les opérations Ecole-Entreprise. Importance « qualitative » et à long terme, bien plus que quantitative et visant un rendement rapide.

Enfin, le Medef estime que « l’approche de l’entreprise par le biais de ces rencontres est une très
bonne occasion pour donner [aux élèves] une idée de ce que pourrait être leur futur. » Quel
futur ? Celui des salariés licenciés toutes les semaines ? Mobilisons-nous dès maintenant, les marchands n’ont rien à faire dans les écoles !

Notes

(1) « Les échanges de biens, de marchandises et de services sont aujourd’hui planétaires. Les
savoirs se diffusent plus vite. L’école change. Dans une conjoncture économique difficile, au moment
où se produit un renversement démographique, nous avons besoin, plus que jamais, de promouvoir l’esprit
d’entreprise et d’unir nos efforts pour aider les élèves dans leur choix d’orientation ».
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http://www.medef.fr/staging/medias/upload/83243_FICHIER.pdf

(2) De plus, il s’agit, pour les professeurs, toujours selon le Medef, de « développer une
interactivité avec le monde de l’entreprise, s’adapter aux nouvelles technologies utilisées en
entreprise, aider à l’orientation des élèves, faciliter aux élèves l’accès à l’entreprise dans le
cadre du module de découverte professionnelle en classe de 3e, valoriser l’esprit d’entreprendre par
le travail en équipe et le développement de projets, concevoir avec les acteurs du monde
professionnel des outils pédagogiques communs.

(3) Vertu d’un cours sur l’entreprise en histoire-géographie : les élèves « ont réalisé également,
pour ceux qui ne connaissaient pas cet univers, qu’au-delà des produits finis il y avait des hommes
et des femmes qui chaque jour doivent relever de nouveaux défis pour s’adapter aux évolutions
technologiques et rester dans la course. » Cécile, professeure d’histoire et géographie, Rouen.
http://www.medef.fr/staging/medias/upload/83243_FICHIER.pdf

(4) « Aujourd’hui, on n’exerce plus forcément le même métier toute sa vie, et l’on peut changer d’entreprise
plusieurs fois au cours de sa carrière. Cette mobilité professionnelle, liée aux évolutions
constantes de la société, est même devenue l’une des composantes essentielles de toute évolution de
carrière ». Malette numérique à destination des enseignants et des élèves.
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http://www.medef.fr/staging/medias/upload/83243_FICHIER.pdf


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