Stéphane Lhomme a été remis en liberté, suivi de « Ma journée à la DST »

Un lanceur d’alerte nucléaire retenu par la DST pendant près de 12 heures
Publié le samedi  29 mars 2008

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 Communiqué de presse du mardi 25 mars 2008

Le porte-parole du Réseau « Sortir du nucléaire » en garde à vue

Stéphane Lhomme a été mis en garde à vue depuis ce mardi 25 mars à 14h dans les locaux de la Direction de la Surveillance du Territoire (DST) au 84 rue de Villiers à Levallois-Perret. Cette affaire concerne la publication par le Réseau « Sortir du nucléaire » d’un document classé « Confidentiel défense » révélant la vulnérabilité du réacteur EPR en cas de crash suicide d’un avion de ligne. Pour la seule détention de ce document, Stéphane Lhomme risque 5 ans de prison et 75 000 euros d’amende.

Pour que toute la transparence soit faite sur ce dossier, le Réseau « Sortir du nucléaire » publie à nouveau sur son site internet ce document classé « Confidentiel défense »

En mai 2006, en soutien à la démarche du Réseau « Sortir du nucléaire », une centaine d’associations et de parlementaires avaient publié une copie du document en question sur leurs sites webs respectifs.

Le Réseau « Sortir du nucléaire » appelle tous les citoyens à protester contre cette garde à vue en appelant la DST au 01 77 92 37 16 pour demander la libération de Stéphane Lhomme dans les meilleurs délais.

Il est parfaitement injustifié que Stéphane Lhomme et le Réseau « Sortir du nucléaire » soient inquiétés alors qu’ils essayent courageusement d’exercer leur mission d’information citoyenne.

Demandez la libération de Stéphane Lhomme en appelant la DST au01 77 92 37 16 ou 01 49 27 49 27 ou01 40 07 60 60. N’hésitez pas à appeler même ce soir ou dans la nuit !

Aidez nous à payer les frais de justice et à poursuivre notre action :

http://www.sortirdunucleaire.org/in...

Revue de presse :

Réseau « Sortir du nucléaire » - Fédération de 810 associations

 Communiqué de presse du mercredi 26 mars 2008

Suite de l’affaire du document confidentiel défense sur l’EPR

Le porte parole du Réseau Sortir du nucléaire a été libéré le mardi 25 mars vers 23 h, après 10 heures de garde à vue et d’interrogatoires serrés par les services de la Direction de la Surveillance du Territoire (DST).

Selon ces derniers, le délit de « compromission du secret de la défense nationale » pourrait être retenu à l’encontre du militant qui pourtant n’a fait que son devoir de citoyen en avertissant du risque pris délibérément par EDF. Il est donc possible que Stéphane Lhomme passe en procès d’ici quelque temps.

Le porte parole du Réseau « Sortir du nucléaire » est passible de 5 ans de prison et de 75 000 euros d’amende suite à la publication par le Réseau « Sortir du nucléaire » d’un document classé « Confidentiel défense », qui contrairement à ce qui est affirmé par les autorités françaises, reconnaît que le réacteur EPR n’est pas conçu pour résister au crash suicide ou à la chute accidentelle d’un avion de ligne.

Au cours de son interrogatoire, Stéphane Lhomme n’a donné aucune information qui permette de remonter jusqu’à la personne d’EDF qui a pris le risque et la responsabilité de transmettre ce document.

Le Réseau « Sortir du nucléaire » (Fédération de 810 associations) remercie les nombreux citoyens qui ont manifesté leur soutien en se rassemblant à Levallois-Perret (devant le siège de la DST), à Bordeaux et à Toulouse, ainsi que les milliers de personnes qui ont téléphoné à la DST pour demander la libération du militant.

Pour le Réseau « Sortir du nucléaire », cette affaire démontre une nouvelle fois que le nucléaire est incompatible avec la démocratie et le droit d’informer. Il est essentiel qu’un contre-pouvoir citoyen puisse continuer à informer sans entraves le grand public sur les risques du nucléaire.

Ce constat sera exprimé le samedi 12 juillet à Paris (à 14 h - Place de la République) lors d’une manifestation européenne contre la politique pro-nucléaire de N. Sarkozy : ce dernier qui présidera alors l’Union européenne, recevra de nombreux chefs d’Etat les 13 et 14 juillet à Paris et tentera une nouvelle fois de faire la promotion de l’industrie nucléaire et de l’EPR.

Toutes les associations et mouvements citoyens sont invités dès à présent à soutenir ce rassemblement « Pour un monde sans nucléaire » organisé par le Réseau « Sortir du nucléaire ».

• Contact presse d’un porte parole national du Réseau « Sortir du nucléaire » (Xavier Renou) : 06 64 18 34 21

• Contact de Stéphane Lhomme (lorsqu’il ne sera plus en garde à vue !) : 06 64 100 333

 Ma journée à la DST

COMPTE-RENDU, PAR STÉPHANE LHOMME - 28 MARS 2008

Ce mardi 25 mars 2008, en tant que porte-parole du Réseau « Sortir du nucléaire », j’étais convoqué au siège national de la DST (Direction de la surveillance du territoire), dans le cadre de l’affaire du document « confidentiel défense », issu d’EDF, qui concerne le réacteur nucléaire EPR, actuellement en construction à Flamanville (Manche).

Petit retour en arrière : en novembre 2003, et à de nombreuses reprises par la suite, le Réseau « Sortir du nucléaire » a fait savoir qu’il détenait un document de la plus grande importance qui reconnaît que, contrairement à la thèse officielle, l’EPR n’est pas conçu pour résister au crash (suicide ou accidentel) d’un avion de ligne [1]. J’ai même brandi ce document à la télévision dans l’émission France Europe Express le 16 novembre 2004, face à Mme Lauvergeon (Présidente d’Areva).

Or, pendant près de trois ans, à part quand même quelques articles dans la presse nationale, l’affaire n’a pas fait le bruit qu’elle méritait : en effet, si sa construction est menée à terme, l’EPR sera le premier réacteur « post 11 septembre 2001 ». Chacun le comprend bien, il est injustifiable que ce réacteur ne résiste pas à un crash suicide.

Cette évidence a d’ailleurs été bien perçue par les autorités françaises et les industriels du nucléaire qui ont donc décidé de cacher la vérité. Ainsi, Mme Lauvergeon a déclaré à de nombreuses reprises que « Le réacteur EPR a été conçu pour résister à tout, y compris aux chutes d’avion ». Or le fameux document reconnaît exactement l’inverse [2]. Conclusion claire… mais intolérable pour l’Etat pronucléaire.

Il n’est donc pas surprenant - même s’il est difficile de comprendre pourquoi cela s’est produit au bout de deux ans et demi - que la DST ait fait irruption dans cette affaire, le 16 mai 2006. Placé en garde à vue, soumis à un interrogatoire serré pendant quatorze heures, je n’ai bien sûr pas répondu à la question « Qui, à EDF, a fourni des informations sensibles au Réseau Sortir du nucléaire ? ». La DST s’est emparée chez moi de dizaines de documents et de matériel informatique dont nous attendons toujours la restitution.

Après avoir bu un verre avec les gens rassemblés pour manifester leur solidarité, je suis donc entré dans l’immeuble de la DST à 14h ce mardi 25 mars 2008, et… j’ai immédiatement été placé en garde à vue. Surprise, il m’a été annoncé que c’était la suite de celle commencée près de 2 ans plus tôt : sur 24h, il m’en restait 10 à « tirer » ! Je ne savais pas qu’on pouvait ainsi découper en tranches une garde à vue.

Après diverses formalités - fouille, déshabillage, rhabillage, inventaire du sac, visite médicale, entretien (1/2h) avec l’avocat du Réseau « Sortir du nucléaire », etc. - entrecoupées de « repos » en cellule, les affaires sérieuses ont commencé. J’ai retrouvé ma capitaine « préférée », une certaine Nolwenn (non, pas la chanteuse), pas commode et très droite dans ses bottes - elle portait des bottes.

« Madame Nolwenn » - c’est ainsi que je m’adressais à elle - m’a expliqué ce que je savais déjà : le délit de « compromission du secret de la défense nationale » est constitué à mon encontre et incontestable. Ça tombe bien, nous ne le contestons pas : au contraire, nous le revendiquons. J’ai eu droit à une lecture du code pénal, me confirmant que la peine prévue était de 5 ans de prison et 75 000 euros d’amende. Mais c’est un maximum : avec un peu de chance, je n’écoperai que de 58 mois et 72 000 euros !

J’ai demandé à mes interlocuteurs les raisons de cet étonnant « vide » entre le 16 mai 2006 et ce 25 mars 2008 : s’étaient-ils donc endormis ? Réponse négative : ils m’ont montré une énorme pile de documents et dossiers accumulés depuis. Les questions se sont alors faites plus précises : de toute évidence il s’agissait de « remonter » la piste pour savoir qui, de l’intérieur d’EDF, avait fait parvenir des documents aux antinucléaires. Bonne nouvelle : les enquêteurs semblent donc en échec sur ce plan.

Une liste de responsables d’EDF m’a même été présentée : les policiers espéraient-ils vraiment que je leur désigne la « taupe » ? De toute façon, je leur ai fait la même réponse qu’en 2006 : celui qui m’a donné le document « confidentiel défense », c’est… le facteur ! Non, pas Olivier Besancenot [3], mais mon facteur à moi, celui qui passe dans ma rue ! Curieusement, la DST n’a pas souhaité arrêter cet « espion » caché sous l’uniforme de La Poste.

J’ai alors signifié que, m’étant levé à 6h du matin, je commençais à sentir les effets de la fatigue et que je me ferais un plaisir de continuer cet entretien… le lendemain matin. Je me suis alors fait sévèrement « gronder » : il parait que « la DST n’est pas un hôtel » et que « la garde à vue n’est pas faite pour dormir. »

J’ai aussi eu droit à une scène digne d’un mauvais téléfilm policier, du genre « Si tu sors les mains en l’air, on ne te comptera pas la prise d’otage, juste le braquage ». Ben voyons. En l’occurrence, si je consentais à donner des informations sur la « taupe », le tribunal saurait « en tenir compte ». J’ai éludé la proposition d’un bâillement distrait.

Mes interlocuteurs ont alors tenté autre chose : « A cause de vous, des gens innocents chez EDF vont être mis en cause ». Bigre, la DST est prête à arrêter n’importe qui, même des innocents (il y en a donc chez EDF, notez bien !). Peine perdue.

Dépités, Madame Nolwenn et ses collègues m’ont expliqué qu’il était hors de question de me garder jusqu’au lendemain, pour ne pas que l’affaire prenne trop d’ampleur sur le plan médiatique. Ils ont même estimé que c’était là mon objectif. Que de suspicions !

Finalement, j’ai été relâché un peu avant 23 heures, sans avoir répondu aux questions des policiers, visiblement dépités : Madame Nolwenn m’a raccompagné jusqu’à la sortie… mais a tourné les talons sans même me dire au revoir.

L’affaire reste donc en cours, je garde au dessus de la tête une épée de Damoclès de 5 ans de prison et de lourdes amendes. Mais surtout… il me reste 1h15 de garde à vue à faire !

Stéphane Lhomme
28 mars 2008


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