Compte rendu de l’atelier "Comprendre la dette"

Publié le vendredi  22 avril 2011

par  Wasservogel Françoise
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Le 31 mars 2011, le comité local d’Attac93Sud a invité Dominique Plihon, président du Conseil scientifique d’Attac, à venir parler de la dette publique.

La dette privée au cœur de la crise

Un individu demande un crédit auprès d’une banque pour acquérir un logement, par exemple.
Il remboursera la banque petit à petit, en s’acquittant d’abord des intérêts.

S’il se trouve dans l’impossibilité d’honorer cette dette, la banque qui a, comme garantie, le logement en question, en devient de fait propriétaire. L’individu qui avait souscrit ce crédit se retrouve à la rue, et dépossédé de tout.

C’est exactement ce qui s’est passé aux États-Unis lors de la crise des subprimes, mais à grande échelle. Trop de ménages étaient (sur)endettés, la dette privée était extrême, les banques n’obtenaient plus de remboursements et elles sont devenues propriétaires des logements. Pour récupérer leur argent, elles les ont mis en vente, mais trop de logements étaient à vendre et trop peu de gens pouvaient les acheter. Le marché de l’immobilier s’est effondré. Toutes les banques ont été touchées ; elles allaient toutes vers la faillite. Étant liées entre elles, l’État n’avait d’autre solution que de venir à leur secours pour éviter l’écroulement total du marché, comme en 1929. L’État a fait des emprunts auprès de spéculateurs pour financer cette aide. C’est là qu’on peut parler de dette publique illégitime, car le patrimoine national, qui devrait être la seule cause d’emprunt fait par l’État, n’en a pas été augmenté pour autant.

Voici ce qu’écrit Jean-Marie Harribey en février 2008, à propos de la crise des subprimes, sur le site d’Attac France dans un article intitulé « La crise du capitalisme financier » :
« Dans un contexte où la croissance économique américaine ne pouvait plus être tirée seulement par la consommation ostentatoire des classes riches – celles au service desquelles sont les politiques néolibérales – les banques américaines ont octroyé des prêts à des ménages de plus en plus modestes pour qu’ils accèdent à la propriété de leur logement ou développent leur consommation de manière générale : c’était le marché à haut risque, dit du subprime. Prêteurs comme emprunteurs pariaient sur la hausse des prix de l’immobilier qui semblait n’avoir pas de fin. Ainsi, les hypothèques prises par les banques leur garantissaient de pouvoir récupérer leur mise avec bonus et les ménages escomptaient un accroissement de leur richesse. Pari absurde car il était prévisible que les prix de l’immobilier se retourneraient un jour et que des taux d’intérêt variables finiraient par rendre insolvables ces ménages.

Entre temps, les banques avaient « titrisé » les hypothèques, c’est-à-dire les avaient vendues sur les marchés financiers. Ces nouveaux titres financiers se trouvaient donc introduits et mélangés avec d’autres dans les portefeuilles gérés par tous les fonds de placement à caractère spéculatif ou les banques elles-mêmes. Le problème est né lorsque, après le retournement du marché de l’immobilier, les détenteurs de ces titres ont souhaité les liquider alors que plus personne n’en voulait. On est entré dans une crise de liquidité, aucun acteur du système financier ne trouvant les sommes dont il avait besoin, chacun redoutant que les fameux titres de plus en plus pourris, disséminés on ne sait où, occupent une place trop grande dans le total de ses actifs. »

L’endettement fait partie du marché, mais c’est un cercle vicieux.

Les ménages ont besoin de produits. Les entreprises ont besoin de vendre ce qu’elles produisent, elles ont donc besoin de clients pour les acheter. Si les ménages sont trop endettés pour acheter, les ventes baissent et les entreprises, largement soutenues par les plans de rigueur de l’État, cherchent à réduire les coûts pour pouvoir baisser les prix et mettent en avant rentabilité et austérité ; les salaires sont alors bloqués. Leurs revenus diminuant, les ménages peuvent encore moins acheter et le cercle vicieux se referme.

La crise en Europe

Les USA ont été touchés les premiers, mais cela n’a pas eu d’impact sur les États de l’Union, car si l’un d’eux va mal, le gouvernement fédéral applique une politique de sauvetage automatique, ce qui ne fait pas partie de la politique de l’Union européenne (Traité de Lisbonne, article 115) ; L’Europe est victime de sa construction interne et de ses contradictions.

Les erreurs de l’Union européenne

L’élargissement géographique à 27 pays a provoqué une grande hétérogénéité au sein de l’UE. Dans l’union monétaire européenne, il n’y a plus d’ajustement possible entre les monnaies. Il aurait fallu adapter les politiques budgétaire et fiscale à chaque pays, alors que l’UE les a uniformisées, ce qui a été une erreur. La crise qui touche l’Europe sépare les pays au lieu de les rapprocher ; c’est la politique fiscale commune qui en est la cause depuis 1999.

Pour qu’un pays aille « bien », il faut que le quotient dette/PIB soit équilibré et ne varie pas. Si la dette augmente, le PIB doit augmenter également. Quand, en France par exemple, on prétend que le pays est endetté, on oublie de nous dire que ce sont le bouclier fiscal et le niveau des impôts sur le capital — les fameuses niches fiscales — qui réduisent les recettes publiques et déséquilibrent le quotient dette/PIB. Les politiques d’austérité appliquées dans le pays (non-remplacement des fonctionnaires par ex.) ne compenseront jamais le manque à gagner qui en découle. Avant la crise, la dette française était inférieure à 60% du PIB ; elle représente aujourd’hui 80 % du PIB. Ce dérapage ne provient pas de dépenses publiques inconséquentes mais bien d’un problème de recettes.

Dans l’UE, il y a trois groupes de pays :

  • les néo mercantilistes : Allemagne, Autriche et Pays-Bas qui se portent bien ;
  • les vertueux : France et Italie qui, quoiqu’endettées, pèsent encore lourd économiquement et politiquement ;
  • les PIGS : Portugal, Irlande, Grèce, Espagne (Spain) qui avaient besoin de se développer, ce qu’ils ont fait, mais dont l’économie est aujourd’hui très déséquilibrée.

L’endettement des PIGS est supérieur à leurs rentrées fiscales et financières. Quand les dépenses publiques d’un pays sont plus importantes que les recettes, l’État est fragilisé et devient la proie des spéculateurs. C’est ce qui les touche aujourd’hui.

L’UE a finalement décidé de venir en aide aux PIGS, à condition qu’ils appliquent une politique d’austérité (le Pacte pour l’Euro). Si ce pacte est respecté, la fiscalité pour les entreprises et les riches sera encore réduite et les gens qui auront moins d’argent consommeront moins. Cela aggravera la crise et provoquera une catastrophe sociale.

Il faut souhaiter une généralisation des mouvements sociaux européens qui montreraient le désaccord des populations de l’UE.

Les Banques

La BCE (Banque centrale européenne) n’a pas le droit de prêter aux États directement. Elle prête de l’argent aux banques à 1%, et ces mêmes banques prêtent, à la Grèce par exemple, à 7%.

Les grandes banques françaises (Crédit agricole société anonyme et BNP Paribas) et allemandes (Deutsche Bank) prêtent de l’argent aux PIGS, ce qui veut dire que la France et l’Allemagne spéculent et s’enrichissent sur leurs dos. Les SICAV et assurances vie que nous proposent ces banques leur permettent cette spéculation. Ce qui signifie que notre argent est utilisé pour mettre les PIGS à genoux. La BPCE, la Banque populaire et la Caisse d’épargne qui étaient des coopératives ont été mangées par le système, tout comme les mutuelles. À cet égard, seul l’assureur MAIF se bat pour préserver le système associatif mutualiste.

Qu’est ce qu’on fait maintenant ?

Ce que les Économistes atterrés proposent :

  • exiger un audit de la dette publique pour savoir d’où elle vient, afin de la refuser en bloc ou d’en refuser la partie illégitime qui n’apporte rien à la population ;
  • restructurer la dette : l’échelonner en refusant la part illégitime et en réduire les intérêts ;
  • désarmer les marchés en leur ôtant ce qui leur donne les moyens de spéculer (p. ex. les paradis fiscaux, qu’ils soient déclarés « bons » paradis fiscaux ou pas). Au Nord comme au Sud, ce sont les plus pauvres des pays qui s’appauvrissent, pendant que les plus riches s’enrichissent ;
  • créer des taxes européennes écologiques et financières (Taxe Tobin) ;
  • développer un budget européen (grands travaux, réduction du chômage…) ;
  • création monétaire par la Banque centrale européenne pour éviter de payer des intérêts élevés au système financier ;
  • revenir à l’orientation de l’épargne vers le social. C’était le cas en France, mais depuis que le Livret A est proposé par les banques, cette orientation disparaît ;
  • participer à la campagne sur les banques afin d’opter pour l’une des coopératives de finances solidaires, par exemple la NEF.

On imagine souvent que la création de monnaie est la solution, mais elle risque d’alimenter la spéculation ; il faut donc y avoir recours avec parcimonie.

Donc 

La dette publique pourra être réduite si elle est réaménagée, si la fiscalité européenne est réadaptée, s’il y a peu de création monétaire et si l’épargne est correctement canalisée.

Sachons répondre au reproche que pourraient nous faire nos enfants, « vous nous laissez payer vos dettes » (propos lu dans le rapport Pébereau largement diffusé par notre oligarchie libérale) : la construction d’hôpitaux, d’écoles, d’infrastructures nécessaires à la population constitue l’actif d’un pays. Il est normal d’en échelonner le paiement sur les différentes générations qui en profiteront.

En complément

Ouvrages à lire :

  • Le piège de la dette publique - Comment s’en sortir ? de Jacques Cossart, Evelyne Dourille, Jean-Marie Harribey, Michel Husson, Esther Jeffers, Pierre Khalfa, Antoine Math, Dominique Plihon, Eric Toussaint, aux éditions Les liens qui libèrent
  • Prospérité sans Croissance de Tim Jackson , aux éditions de Boeck
  • L’argent, mode d’emploi  de Paul Jorion, aux éditions Fayard

Films à voir :

  • Moi, la finance et le développement durable de Jocelyne Lemaire Darnaud
  • Cleveland contre Wall Street de Jean-Stéphane Bron

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