Identité nationale et immigration : inversons la problématique !

Publié le dimanche  17 juin 2007

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Les huit personnalités qui viennent de démissionner du projet de Cité
nationale de l’histoire de l’immigration (CNHI), particulièrement
compétentes sur l’histoire de l’immigration mais aussi de
l’antisémitisme, du racisme et de la xénophobie, en France, ont rappelé
avec raison que la création d’un Ministère associant dans son intitulé
identité nationale et immigration « s’inscrit dans la trame d’un
discours stigmatisant l’immigration et dans la tradition d’un
nationalisme fondé sur la méfiance et l’hostilité aux étrangers, dans
les moments de crise ». Nous approuvons également l’Association
française des anthropologues lorsqu’elle rappelle que « lorsque l’État
s’empare du thème de l’identité nationale, c’est partout une incitation
directe au mieux à la xénophobie, au pire à des violences entre groupes
d’origines différentes. »

L’invention d’un nouveau Ministère n’est en effet pas un acte neutre
mais un acte de gouvernement à forte portée idéologique. Il
institutionnalise un système de pensée, légitime les discours et les
actes qui s’y réfèrent, tant des fonctionnaires que des citoyens, et
active l’action publique dans un sens déterminé. De quel système de
pensée procède le positionnement, au plus haut niveau de la hiérarchie
symbolique et administrative de l’Etat, de l’identité nationale face à
l’immigration, mais aussi face à l’intégration qui concerne tous les
étrangers et leurs différences et face au codéveloppement ainsi
officiellement réduit à un dispositif antimigratoire ?
Par ce cadrage idéologique et par les politiques qui en résulteront, la
création de ce Ministère va enraciner plus encore dans notre culture
politique l’opposition entre la question nationale et le fait
migratoire. Il risque d’ouvrir une nouvelle page de notre histoire,
celle d’un nationalisme d’Etat et d’une xénophobie de gouvernement
tendant à stigmatiser l’étranger comme un problème, un risque, voire une
menace pour l’intégrité ou l’identité nationale.

Si, au contraire, la finalité politique de ce gouvernement et, plus
largement, des élites dirigeantes de ce pays, est de réduire ce risque,
il leur incombe alors d’examiner l’hypothèse d’une problématique
inversée : s’il y a un problème entre l’immigration et l’identité
nationale, il provient de la place qu’occupe aujourd’hui, au terme d’une
évolution de plusieurs décennies déjà, l’enjeu national dans les débats
politiques. De même que l’antisémitisme ne résultait pas d’un "problème
juif« , la xénophobie qui s’exprime aujourd’hui ne résulte pas d’un »problème migratoire" mais d’une montée en puissance des idéologies
xénophobes dans nos cultures politiques.

Nous appelons par la présente l’ensemble des institutions d’enseignement
et de recherche, y compris les professeurs d’écoles, de collèges et de
lycées, les revues de sciences humaines et sociales, les journalistes de
la presse écrite, de la radio et de la télévision, les organismes de
réflexion affiliés à des partis politiques, syndicats et associations à
assumer leurs responsabilités intellectuelles dans un tel contexte
historique.
Nous les appelons à ouvrir, organiser et animer systématiquement, selon
des modalités propres à chacun, un vaste chantier national de recherche,
de débat et de réflexion sur les orgines des nationalismes, xénophobies
et discriminations ainsi que sur les causes de leurs réapparitions
périodiques dans l’histoire de l’humanité. Dans les cinq ans qui
viennent il conviendra d’analyser particulièrement le rôle que peuvent
jouer les institutions publiques dans l’exacerbation de ces phénomènes
sociaux.

Le réseau scientifique TERRA
(Travaux Etudes et Recherches sur les Réfugiés et l’Asile)

Signez cet appel et faites-le signer autour de vous : transmettez le, publiez le sur
vos sites et dans vos revues, diffusez le dans vos listes de
discussions, etc. Donnez de la force à cet appel !


http://terra.rezo.net/article602.html

Commentaires

dimanche 17 juin 2007 à 12h30

A ce sujet, on peut également signaler la parution d’un livre : UNE LANGUE SANS QUALITE, par Cecile CANUT,
maître de conférences à l’université Paul-Valéry Montpellier III.

Le lien communément admis entre langue et nation, langue et culture ou
« ethnie », langue et identité, qu’a voulu entériner le rapport Benisti,
préalable à la creation d’un ministère de l’Immigration et de l’Identité, ne
doit-il pas être remis en question ? Comment laisser penser qu’on devient
« délinquant » parce qu’on ne parle pas francais à la maison ?
Répondre clairement à ces questions nécessite un detour par la notion de
« langue » qui semble s’être glissée dans le rôle descriptif et explicatif que
tenait la « race » au XIXe siècle, avec les risques que l’on sait. Il faut
remonter, pour la démonter, aux idéologies sous-jacentes afin de comprendre
l’exaltation des qualités attribuées à la langue. Est-ce qu’au-delà d’en
faire un objet scientifique, les sciences humaines n’ont pas une part de
responsabilité dans l’homogénéisation, la réification, et finalement
l’essentialisation des langues, et, à partir de là, dans la facilitation des
usages abusifs qu’en font les politiques ?

Cécile Canut, Une langue sans qualité, Ouvrage publie avec le concours de l’universite Paul-Valery - Montpellier
III, ISBN 978-2-915806-48-9, 150 pages, 18 euros.

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