L’Emission de télévision

Le chômage en prime time
Publié le dimanche  14 janvier 2007
Mis à jour le dimanche  21 janvier 2007
popularité : 8%

L’Emission de télévision de Michel Vinaver, mise en scène par Thierry
Roisin, Centre dramatique national de Montreuil, lun,
ven, sam 20 heures, mar et jeu 19 h 30. Jusqu’au 4
février. Rens. : 01 48 70 48 90.

A la Comédie de Béthune, où le spectacle fut créé en
décembre, eut lieu un soir un débat public ému, en
présence de l’auteur. Plusieurs des spectateurs
déclaraient reconnaître leur vie dans cette histoire
de cadres chômeurs quinquagénaires, démarchés par une
équipe de télévision en vue de leur exhibition sur le
plateau d’un reality-show.

De fait, le sujet de L’Emission de télévision est
solidement planté dans le réel. Michel Vinaver a écrit
la pièce à la fin des années 80, quand l’installation
du chômage de masse se doublait d’un discours
positiviste « Vive la crise ! » plus naïf que cynique.
Vinaver n’était pas dupe. Parce qu’il connaissait
particulièrement bien le monde du travail et de
l’entreprise, pour avoir été jusqu’en 1982 PDG de
Gillette France. Et parce qu’en tant qu’auteur de
théâtre il s’était toujours beaucoup plus intéressé à
la banalité du monde qu’à sa théorisation.
Au départ de L’Emission de télévision, donc, une
annonce authentique parue dans Libération à l’été 1988
 : « Chômeurs en fin de droits, vous voulez témoigner
sur la honte qui s’attache à la privation d’emploi.
Contactez-nous au… » Vinaver accumulait depuis
plusieurs semaines des notes sur la télévision et
« l’obscénité sans limite de cette façon dont on
introduisait dans une machine un être humain, une
personne, et puis de la façon dont on sortait au bout
de ce processus machinique un objet de spectacle ».
L’appel aux chômeurs honteux acheva de le révulser.
L’Emission n’est pas pour autant une pièce militante.
Ni une pièce réaliste. Là résident sa difficulté et
son intérêt. On y trouve deux intrigues imbriquées :
la préparation de l’émission, les visites des deux
chargées de production chez les deux candidats
potentiels se double d’un fait divers : l’un d’eux
est assassiné ; assisté de sa greffière, le juge mène
l’enquête.

Les histoires s’enchaînent, en alternant
présent et flashes-back. Le metteur en scène, Thierry
Roisin, et son scénographe, Raymond Sarti, font le
pari réussi de la fluidité. Dans un vaste décor tout
blanc, les scènes défilent au gré de l’éclairage d’une
partie ou l’autre du plateau, en une succession de
fondus enchaînés. Cela va vite : répliques et
situations n’ont pas le temps de s’installer.
Le spectacle oscille entre drame et comédie, et entre
ce que Michel Vinaver nomme « le pôle du réel » et « le
pôle de l’abstraction ». Ce qui frappe d’abord, c’est
la musicalité de son texte, conçu comme un livret
d’opéra, avec des mots simples au service d’une
composition élaborée. Plutôt que de scènes, il
faudrait parler de solos, de duos, de quatuors. Du
pain béni pour un musicien contemporain.

Par René SOLIS
QUOTIDIEN : jeudi 11 janvier 2007

Débat avec Attac 93 Sud samedi 20 janvier, 17 h. Au théâtre, avec Michel Vinaver, Thierry Roisin, Henri Maler (Acrimed), Judith Bernard et Daniel Schneidermann.


paru dans Libération

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