Sortis par les moratoires, les OGM reviennent dans la bio

Par Aurélien Bernier, animateur de la Commission OGM d’Attac.
Publié le vendredi  27 juillet 2007

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Il y a des moments ou l’actualité s’emballe. Depuis quelques semaines, c’est le cas sur le dossier des organismes génétiquement modifiés, qui se maintient à la une des médias. Voici un bref retour sur les événements récents.

Les 26 et 27 février derniers, un large collectif d’associations lançait, après deux jours de travail intense à Orléans, un « appel pour un printemps sans OGM ». Ce texte-pétition, qui réclame l’instauration immédiate d’un moratoire sur le maïs transgénique en France, était destiné à servir de support pour les périodes de campagnes électorales 2007.

Pourquoi un moratoire ? Parce qu’il s’agit de la seule mesure qu’il soit possible d’obtenir rapidement dans le cadre étroit de la législation européenne. Possible et réaliste, puisque l’Autriche et la Hongrie ont mis en œuvre tout récemment des moratoires nationaux qui ont reçu l’aval du Conseil des ministres européens et qui sont ainsi devenus tout à fait légaux. Ces décisions étant fondées sur les lacunes incroyables en termes d’évaluation des plantes transgéniques et sur les nombreuses études qui remettent en cause leur innocuité, elles sont totalement transposables à n’importe que état de l’Union.

Pourquoi cibler uniquement le maïs ? Pour la simple raison que la seule semence génétiquement modifiée commercialisée en Europe est un maïs « Bt » produisant son propre insecticide, le MON 810 de la firme américaine Monsanto. Et, comme ces suspensions d’autorisation commerciale ne peuvent avoir de caractère général et absolu, elles doivent se prendre variété par variété.

Derrière la stratégie des moratoires nationaux, l’idée est bien évidemment d’aller vers une mesure européenne, puis de créer un rapport de forces favorable à l’international. Mais les organisations ont fait le constat que rien n’était possible à court terme sans s’appuyer sur l’échelon de résistance national.

En l’espace de trois mois, l’appel d’Orléans a été signé par près de 80 000 personnes en dépit d’un très faible retentissement médiatique. La mobilisation en amont des présidentielles aura donné des résultats tangibles. A l’exception de M. Nicolas Sarkozy, tous les candidats intégraient un engagement en faveur du moratoire dans leurs programmes. On connaît pourtant la suite : le seul candidat pro-OGM, et dont les positions en matière d’environnement sont réellement misérables, sera élu par le peuple français.

De l’autre côté de la frontière et dans le même temps, le gouvernement allemand crée une surprise en adoptant lui aussi un moratoire sur l’unique plante transgénique cultivée en Europe. Cette décision est évidemment une bonne nouvelle, mais doit être prise avec précaution. L’autorisation du MON810, délivrée en 1998, possède une validité de dix ans. Dès l’année prochaine, Monsanto devra faire renouveler cet agrément et produire dans cette perspective de nouvelles études. Le moratoire allemand gêne d’autant moins la multinationale que les semis sont déjà effectués sur plusieurs milliers d’hectares et qu’il n’est pas question que soit ordonnée leur destruction. Nous sommes donc loin d’une véritable rébellion anti-OGM. Pourtant, dès sa nomination, le ministre français en charge de l’écologie, M. Alain Juppé, est interpellé sur ce dossier. Sans-doute peu informé des enjeux, il déclare que le maïs MON 810 pose des problèmes et qu’il faut « s’inspirer du cas allemand ». Même si le numéro deux du gouvernement ne prononce jamais le terme de moratoire, sa déclaration affole sa collègue en charge de l’agriculture, Mme Christine Lagarde, grande amie des principaux lobbies agricoles en général et du Mouvement pour une Organisation Mondiale de l’Agriculture (MOMA) en particulier. Or, le MOMA, qui déclare dans un communiqué récent accueillir « avec une grande satisfaction la nomination de Christine Lagarde », regroupe des personnalités de l’Association Générale des Producteurs de Maïs (AGPM), des coopératives Euralis et Coop de France, ou de la société Maïz’Europe, toutes directement et financièrement intéressées par le développement des OGM. La ministre de l’agriculture tempère donc immédiatement les déclarations de l’imprudent M. Alain Juppé.

Ce dernier trouve une échappatoire en indiquant qu’il va confier à l’organe chargé d’émettre des avis scientifiques sur les OGM avant autorisation, la Commission du Génie Biomoléculaire, le soin de réexaminer une étude de Greenpeace sur le MON810, qui concluait à une production aléatoire de toxines insecticides dans le maïs en question. Le 12 juin, la CGB rend son avis. Pour elle, rien ne permet de conclure à un danger et les éléments fournis par l’association écologiste ne justifient pas le moratoire. Est-il étonnant que cette structure, dont de nombreux membres sont liés à l’industrie de l’agrochimie, et qui n’a jamais demandé la moindre contre-expertise indépendante sur les données fournies par les multinationales, conclue en ce sens ? Évidemment non. Confier cette mission à la CGB revenait ni plus ni moins à enterrer le dossier. Qui plus est, ce n’est pas une étude qui plaide aujourd’hui contre le MON810, mais des dizaines. Immédiatement, M. Alain Juppé s’empressera pourtant de rassurer le lobby pro-OGM : le maïs vendu par Monsanto pourra tranquillement pousser en France sur les 25 à 30 000 hectares semés en 2007, et ce dans la plus parfaite confidentialité.

Deux jours auparavant, les ministres européens de l’Agriculture approuvaient définitivement un nouveau règlement sur les produits biologiques qui autorise notamment la présence « fortuite » d’organismes génétiquement modifiés à hauteur de 0,9 %. L’objectif atteint avec cette réforme est d’éliminer les derniers empêcheurs de semer des OGM en rond. Jusqu’alors, l’agriculture biologique n’acceptait en effet aucune contamination transgénique au-delà du seuil de détection sous peine de déclassement de la production. Or, l’introduction des OGM dans les champs européens rend cette obligation de résultat extrêmement difficile à atteindre. A elle seule, l’Espagne résume le paradoxe, puisque ce pays est à la fois le premier producteur d’aliments biologiques… et celui où se cultivent les plus grandes surfaces de maïs transgénique.

Le problème est aujourd’hui résolu. Autant le dire, cette décision est encore plus catastrophique que le tour de passe-passe de M. Alain Juppé.

Pourtant, les études scientifiques persistent à aller dans le même sens. Après avoir démontré qu’un maïs autorisé à la transformation en Europe, le MON863, provoquait des lésions de certains organes chez les rats, le professeur Gilles-Eric Séralini arrive à des conclusions similaires avec une autre variété, le NK603, également développée par Monsanto.
Même la Commission européenne, qui fut attaquée à l’Organisation Mondiale du Commerce sur une législation jugée trop contraignante par les pays producteurs d’OGM, a livré un plaidoyer anti-transgénique dans son mémoire en défense, rendu public par Les Amis de la Terre Europe et Greenpeace. Alors que, dans un communiqué de 2004, elle déclare par l’intermédiaire de M. David Byrne, commissaire à la Protection de la Santé et des Consommateurs : « Le maïs doux OGM a été soumis aux évaluations les plus rigoureuses du monde avant sa mise sur le marché. Il a été scientifiquement prouvé qu’il est aussi sûr que n’importe quel maïs conventionnel. La sûreté alimentaire n’est donc pas un problème […] », le mémoire indique par exemple qu’« en se fondant sur les recherches existantes […], il est impossible de savoir si l’introduction d’aliments OGM a eu d’autres effets sur la santé humaine que des réactions d’intoxication aiguë ». Une nouvelle fois, l’Europe libérale montre qu’elle se comporte en déesse hindoue à quatre mains, chacune faisant semblant d’ignorer ce qu’accomplit l’autre.

La bataille s’annonce rude. Mais Attac, au travers de son ambition d’éducation populaire, a beaucoup à y faire. Il s’agit de transformer l’opposition aux OGM de 86 % des français, largement basée sur des craintes sanitaires, en une mobilisation contre un pur produit de la logique néolibérale. Là ou une agriculture paysanne peut conduire à plus d’autonomie, les plantes transgéniques brevetées mènent inévitablement à la dépendance. Et cette mise sous tutelle des agriculteurs entraînera forcément celle des consommateurs. A moins que nous ne nous fassions réellement entendre. Si possible avant le fameux Grenelle de l’environnement qui ressemble de plus en plus à une incroyable farce, mais qui ne pourra pas tirer un trait sur toutes les évidences.

Aurélien Bernier


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